jeudi 25 juillet 2013

Collaborations des SAD avec le secteur de la formation professionnelle et de l'insertion socioprofessionnelle



Depuis leur mise en place, les Services d'Aide aux Détenus agréés par la Communauté française  mènent leurs  différentes missions dans une perspective de réinsertion sociale.  L'aide qu'ils sont appelés à apporter aux personnes détenues ou sous surveillance électronique, vise à favoriser une participation active de leurs bénéficiaires à la vie sociale, économique et culturelle.  Dans le cadre des suivis individuels,  ils sont régulièrement appelés à établir des contacts avec les organismes tels que l'Onem, le Forem ou Actiris, dans le cadre de l'aide à la préparation des plans de réinsertion des détenus qu'ils suivent.  Certains d'entre eux ont établi des collaborations avec  Carrefour emploi formation pour organiser des permanences à l'occasion desquelles, les détenus peuvent obtenir des informations spécialisées sur les formations (extérieures) et les filières d'emploi.  Précédemment ce type de consultations étaient assumées par des conseillers du Forem qui venaient en prison, formule qui a toutefois été interrompue suite à une réorientation des priorités du Forem vers d'autres publics.
 
Etant donnés le contexte général du marché de l'emploi en  Wallonie et à Bruxelles, le faible niveau général de qualification et les difficultés particulières que pose l'accès à l'emploi pour des personnes qui ont séjourné en prison,  les S.A.D ont, depuis de nombreuses années, établi des collaborations privilégiées avec divers organismes du secteur de l'Insertion socio-professionnelle, en particulier les Entreprises de Formation par le Travail (E.F.T.)  Ces échanges visent à faciliter l'accès de ce public loin de l'emploi vers des associations qui offrent un cadre de mise à l'emploi ou de formation complémentaire répondant à certains besoins de cette population.  En pratique toutefois, les contraintes financières de ces organismes et les difficultés propres à ce public ont pour effet qu'un petit nombre seulement d'entre eux peuvent y obtenir une place et que les associations sont réticentes à accueillir plus d'un ex-détenu à la fois.

Une des difficultés particulières est liée au processus de décision propre au Tribunal d'Application des Peines (T.A.P).  Un détenu doit pouvoir garantir qu'il peut entrer à sa libération dans une formation ou un emploi.  Ceux-ci doivent, par contre, être négociés sans connaître la date effective de libération. 
Comme la situation économique de ces services ne leur permettent pas de geler des places pour être en mesure d'accueillir des sortants de prison, une formule a fait l'objet d'une expérience prometteuse entre plusieurs établissements pénitentiaires (Andenne, Namur et Dinant), les E.F.T. et O.I.S.P. locaux ainsi que les S.A.D. concernés.  Il s'agissait d'assurer une synergie entre les différents acteurs  pour optimaliser la mise à disposition de places dans ce bassin régional, grâce à un appui du Forem dans le cadre de la réglementation sur le Dispositif d'Insertion Socioprofessionnel (DIISP).  L'expérience, connue sous le nom API, a malheureusement été interrompue.

Conformément à leur mission de facilitation de l'accès des personnes détenues aux éléments du dispositif d'insertion, divers S.A.D. organisent périodiquement des plateformes d'informations sur les formations et les possibilités d'emploi.  Ce type d'initiative présente un double intérêt : 1°mettre les détenus en contact avec les organismes avant même qu'ils n'aient la possibilité de s'y rendre à l'occasion d'une permission de sortie; 2° donner l'occasion à ces organismes de mieux comprendre les difficultés spécifiques de ce public et les contraintes auxquels ils sont confrontés du fait de la détention.

Sur le terrain local des prisons, les S.A.D. ont reçu récemment une mission de coordination des initiatives de formations, culture , sport et autres activités proposées par des organismes extérieurs.  A ce titre, ils sont régulièrement en contact avec les organismes de formation professionnelle qu'il s'agisse d'OISP ou d' Ecoles de promotion sociale.  Ils jouent un rôle de facilitateur et de relais entre les directions de ces organismes et les autorités de la prison.  Ils contribuent à l'accueil et à l'accompagnement des formateurs extérieurs.  Ils ont également un rôle dans l'organisation interne face aux multiples contraintes de la vie carcérale. 

Les S.A.D. jouent également un rôle actif dans le cadre du Comité local de suivi, dispositif mis en place initialement dans le cadre du Projet "Insert" de l'Enseignement de promotion sociale avec l'appui du Fonds Social Européen.   Plusieurs d'entre eux (Huy, Charleroi, Neufchâteau et le SLAJ-V à Bruxelles) sont du reste partenaires de l'actuel programme "Reinsert" qui contribue largement à l'offre de formations dans les prisons.  Trois E.T.P. ont été dégagés dans ce cadre, pour faciliter l'orientation et l'accompagnement pédagogique des détenus qui s'inscrivent dans les formations de promotion sociale en prison.

Signalons encore que plusieurs S.A.D. ont établi des conventions de collaboration avec des OISP et que  quelques-uns d'entre eux organisent eux-même des formations (notamment en alphabétisation) ou des modules d'habiletés sociales. 
C'est le cas du S.A.D. de Huy dans le cadre de son projet TIRCIS Tremplin pour l'insertion, avec le soutien de l'Union européenne.

Enfin, sous le nom "Interface Formation Insertion", un processus d'échange de bonnes pratiques entre plusieurs S.A.D. et associations actives dans le domaine  de la  formation sociale  a été mis en place par l'ASBL Aide et Reclassement. Il a fait l'objet   d'un projet particulier soutenu par la Fédération Wallonie Bruxelles, en 2012. Le rapport final de ce travail qui a été accompagné scientifiquement par un chercheur du Centre de Recherche et d'Initiative Sociale de l'Ulg et les  recommandations qui en découlent seront prochainement disponibles sur le site www.interfaceformationinsertion.be


Nous en reparlerons prochainement.


Daniel Martin,
Coordinateur 
Aide et Reclassement.

mardi 30 octobre 2012

Deux fonctions à l'interface des formations et de l'aide à la réinsertion.

La coordination locale des interventions en prison connaît depuis le début de l'année  d'importantes évolutions dans l'ensemble des prisons francophones.  L'asbl Aide et Reclassement s'est résolument engagée dans ce mouvement mettant en place, au fil des années, divers projets et initiatives visant à soutenir la cohérence des interventions dans les prisons où elle intervient. 

C'est ainsi que deux nouvelles fonctions ont progressivement acquis droit de cité : celle de coordinatrice locale formations, sport et culture, initiée depuis 2005 au CPE Marneffe et plus récemment à la prison de Huy et celle de responsable d'orientation et de guidance pédagogique, opérationnelle depuis 2009 dans ces deux prisons.

Afin de mieux faire connaître ces deux fonctions encore assez novatrices, les deux titulaires ont réalisé, pour chacune des prisons,  une brochure de présentation à l'attention du personnel  et des détenus.

On y apprend que la responsable pédagogique a principalement pour rôle l'information et l'orientation pédagogique de tous les détenus pour le choix d'une formation qui tienne compte du niveau de connaissance, de la personne et de ses projets. Elle assure la gestion administrative des données relatives au parcours des apprenants et la constitution des fiches pédagogiques mises en place par la F.A.F.E.P. (1) Enfin elle propose un suivi pédagogique aux élèves qui s'inscrivent dans une des formation mises en place par l'I.P.E.P.S.(2).  Ce suivi pédagogique concerne principalement la motivation et les méthodes de travail pour faciliter l'étude.

De son côté, la coordinatrice locale remplit un triple rôle :


1° l’analyse des besoins et la proposition de réponses possibles  (étudier l’offre et la demande en matière d’activités,  proposer des activités adaptées à la direction et aider à leur mise en place;
2° facilitateur et personne-relais pour tout ce qui concerne
l'information et la promotion de toutes les formations et activités  (afficher, faire fonctionner les talons d’inscription, passer les infos pour le Canal TV et l’Intranet, etc.);
l'accueil des nouveaux intervenants, le soutien à la gestion technique  ( compatibilité des horaires, disponibilité des locaux, commandes de matériel scolaire)...
le suivi des activités (relais entre les extérieurs et le personnel, entre les directions, information et sensibilisation du personnel).
3° Elle prend également en charge l'organisation d’activités ponctuelles (séances d’information, représentations culturelles, activités artistiques ou autres).

Afin d'accomplir ces différentes tâches, d'une manière complémentaire et dans un esprit de concertation  permanente, nos deux chargées de missions participent en outre aux réunions du comité local de suivi (C.L.S.), aux conseils de classe des formateurs et à diverses plates-formes d'information.  Deux fonctions à l'interface des formations et des autres actions partageant un objectif de préparation à la réinsertion qui méritent d' être connues.

(1) Fédération des Associations pour la Formation et l'Education en Prison
(2) Institut Provincial d'Enseignement de Promotion Sociale Huy- Waremme. 


vendredi 26 octobre 2012

Bientôt la 3° édition du Guide de la réinsertion.

Depuis 2009, l'équipe de Tremplin pour l'insertion édite le Guide pratique de la réinsertion pour Huy et sa région.  Initialement  conçu pour faciliter les démarches des détenus libérés ou préparant leur réinsertion prochaine, le guide s'est avéré utile pour bien d'autres justiciables et usagers de nos services.  Son caractère résolument pratique et son format compact en font un vade-mecum idéal.  La deuxième édition avait déjà permis d'en améliorer la présentation.  Vu le succès de la formule et l'intérêt qu'il avait suscité de la part de nombreux organismes ressources dans l'arrondissement de Huy-Waremme, nous avons résolu de préparer une nouvelle édition.  L'équipe sociale, aidée du secrétariat s'est appliquée au fastidieux travail d'actualisation des coordonnées des multiples organismes et de vérification de leur offre de services.  Les conseils pratiques ont été ajustés en tenant compte d'inévitables évolutions de la réglementation.
La 3° édition du Guide pratique de la réinsertion comportera deux rubriques en plus (vingt au total).  Une attention particulière a été portée à l'identification des différentes possibilités de formations (qualifiantes ou préqualifiantes) et d'aides dans la recherche d'un emploi : de l'information au jobcoaching en passant par les O.I.S.P., E.F.T et autres régies de quartier.  Mais se réinsérer implique également la recherche de réponses à des questions aussi diverses que : "comment me loger, me meubler, obtenir une aide sociale, psychologique ou juridique voire me distraire ou même avoir accès à un cyber espace?".  Un outil destiné à faciliter l'autonomie des usagers qui pourront toujours trouver des indications complémentaires auprès du Service d'aide sociale aux justiciables ou des autres services repris dans le guide. La parution de cette 3° édition est annoncée pour tout début 2013.

samedi 5 mai 2012

Portes ouvertes dans le cadre du WE de l'Europe


A Huy, deux associations se sont rapprochées pour offrir au public la possibilité de découvrir leurs activités dans le domaine de l'insertion.  Ce samedi 5 mai 2012, de 11h00 à 16h30, les bâtiments communs de la rue Rioul,22 ont accueilli les visiteurs soucieux de mieux connaître Aide et Reclassement, Service d'Aide aux Justiciables porteur du projet TIRCIS Tremplin pour l'insertion et la Mission Régionale pour l'emploi de Huy Waremme.  Ces deux associations œuvrent dans le secteur de l'insertion et bénéficient du soutien du Fonds Social Européen dans la réalisation de certaines de leurs missions.
Les portes ouvertes étaient  l'occasion de se familiariser avec les différents services proposés par ces deux associations et de participer à diverses activités : visite guidée des locaux, animations en rapport avec le parcours d'insertion des publics éloignés de l'emploi, présentation du programme TIRCIS, Tremplin pour l'insertion, réalisé grâce aux subventions de l'Union Européenne, découverte des ateliers de redynamisation du Service d'aide aux victimes, etc.
Un fil conducteur de la visite était  la créativité des publics bénéficiaires, illustrée à travers plusieurs réalisations artistiques sur le thème "Toujours plus haut, toujours plus beau" d'un 
atelier  de peinture et d'un atelier photos de la prison de Marneffe. L'autre thème était celui de la campagne "Talents de demain".  Des dessins d'enfants  d'une école sur le thème "ce que je voudrais être quand je serai grand" mais aussi d'enfants venus au SAV ou ayant participé, le matin, à l'Espace Enfants Papas, à Marneffe, accompagnaient le visiteur tout au long de son parcours dans le bâtiment.
Dans la salle Albert Godelet (du nom de notre président fondateur) les visiteurs étaient rapidement pris en charge pour une expérience carcérale par le biais d'une animation autour du jeu Non lieu.  L'occasion de revoir de manière réaliste et documentée (grâce à la présence de membres de l'équipe intervenant en prison), leurs représentations de la réalité carcérale.
Le jeune public n'était pas oublié avec plusieurs animations: dessins sur le thème des expositions, bricolages en rapport avec le papillon TIRCIS qui symbolise le projet et même grimage.  Le tout dans une ambiance conviviale.

L'objectif de cette manifestation était de sensibiliser le public à l'investissement de l'Europe dans la formation-insertion de personnes éloignées de l'emploi et de faire découvrir ce  pôle d'insertion, situé rue Rioul,22,  qui fait partie du tissu associatif hutois.

Renseignements sur l'action sur le site : http://plushaut.europe.wallonie.be



mercredi 7 mars 2012

Résolution 2012 : échanger nos bonnes pratiques!

Pour sa cinquième année d'existence, l'équipe TIRCIS Tremplin pour l'insertion a souhaité se donner un nouvel élan et les moyens d'enrichir sa pratique et sa réflexion. Rien de tel qu'un début d'année pour prendre de bonnes résolutions. Celle de 2012 sera placée sous le signe de l'échange des bonnes pratiques.

Depuis quelques mois, des échanges informels avaient montré un intérêt partagé pour la démarche envisagée, de la part d'associations engagées dans des pratiques analogues à celles développées à travers notre programme TIRCIS Tremplin pour l'insertion et plus spécialement à son axe "ateliers d'habileté sociales".

Encouragés par cet accueil, nous avons introduit une demande de soutien à notre autorité de tutelle en matière d'aide aux détenus par le biais d'un projet particulier.

Sous l’appellation « Interface Formation Insertion » (IFI), le projet se propose, avec le soutien accordé par la Fédération Wallonie- Bruxelles de favoriser :

1° un échange de bonnes pratiques entre des associations engagées dans des pratiques analogues en matière de formation sociale, au sens large du terme, à l’attention de publics de justiciables et singulièrement de personnes détenues ;

2° la diffusion des enseignements qui en découleront, en termes de propositions d’actions, d’articulation avec le travail psychosocial et d’intégration dans l’offre de formations et de services au sein des établissements pénitentiaires.

Avec l'appui d’un chercheur de l’Université de Liège qui s'est fait connaître, ces dernières années, pour les travaux qu’il mène dans notre champ d’action, l'équipe de TIRCIS Tremplin pour l'insertion est convaincue que les 6 associations partenaires vont trouver dans cette dynamique une occasion d'enrichir leurs pratiques et de valoriser leur expertise.

Nous ne manquerons pas d'en reparler..

Daniel Martin, Coordinateur Aide et Reclassement
Catherine Vaisière, Chargée de mission et formatrice
Laurence Dejardin, Responsable pédagogique
Virginie Kinif, Assistante administrative

lundi 12 décembre 2011

Aide et Reclassement et les habiletés sociales*

L’intérêt de notre association pour les habiletés sociales n’est pas nouveau. On en trouve déjà des traces dans la mise en place dès les années 80 de séances de vie pratique mais c’est à partir de 1999 qu’il a donné lieu à l'organisation d’un programme précis confié à une animatrice spécialisé.

Il s'agissait, à l’époque de concrétiser un des objectifs des formations pré qualifiantes de notre section O.I.S.P. (Organisme d'Insertion Socio Professionnelle). En effet, nos intervenants constataient que, plus qu'une remise à niveau en mathématique et en français, ces formations apportaient aux participants une réelle redynamisation. Ainsi les modules organisés par Aide et Reclassement se composaient hebdomadairement de cours de français, de cours de mathématiques, d'un atelier collectif d'habiletés sociales et d'un entretien de guidance psychosociale individuel pour aller plus loin dans la mise en pratique des acquis de façon très concrète en vue de la préparation d'un plan de reclassement.

La fin de nos activités en tant qu' O.I.S.P., en 2008 et la cession de plusieurs de nos filières de formation a modifié la donne : les ateliers d'habiletés sociales étaient, provisoirement, remplacés par des cours de vie sociale donnés par des enseignants, couvrant diverses matières qu'on pourrait associer à la rubrique "étude du milieu" dans les études primaires.

Plus récemment, grâce à l'intégration de cet axe de travail dans le projet soutenu par le Fonds Social Européen, Aide et Reclassement a remis en route des ateliers d'habiletés sociales sur une base ponctuelle aux prisons d'Andenne et de Huy. Ces modules sont désormais autonomes. Leur finalité vise toujours une insertion des personnes dans la société par le biais d'objectifs de remise en projet. (Le terme "empowerment" reste assez hermétique pour les acteurs de terrain et les bénéficiaires.) Les animations suivent un schéma de base et s'adaptent aux besoins des groupes. Elles comprennent un travail sur l'autonomie via un bilan personnel, la recherche d'un ou des objectif(s) à se fixer, les étapes et les outils pour y travailler. Elles envisagent aussi les différents aspects de l'autonomie : elles abordent en outre l'auto-réalisation, l'efficacité économique et la responsabilité en société.

Face à notre public, nous essayons de traiter ces notions à travers des exemples les plus concrets possible et avec un maximum de participation. La chose n'est pas aisée car nous travaillons à contrario des effets que le modèle actuel d'incarcération produit. Ces démarches poussent les personnes à s'ouvrir, à faire confiance, à se responsabiliser alors que le milieu pénitentiaire déresponsabilise, brime et pousse les personnes à se protéger et souvent à se replier sur soi. On est encore loin des prisons pavillonnaires avec une reprise progressive de responsabilités.

Pour en revenir au concret, les modules d'habiletés sociales tentent de faire prendre conscience à chacun qu'il peut être acteur d'un projet qui lui convient soit ici et maintenant ou à l'extérieur et en prévision de sa vie post carcérale. Dans un groupe, chacun participera ou pas, en fonction de son humeur, de son vécu, en fonction aussi des conditions d'accès au groupe.


Dans une telle matière et dans un tel contexte, la mesure de l'impact n'est pas chose aisée. Les ateliers se terminent par une autoévaluation individuelle de chaque participant. L'animatrice réalise sa propre évaluation. Elle effectue ensuite une synthèse des évaluations individuelles des participants qu'elle leur soumet pour approbation. Lors d'une séance commune, ce document est lu, discuté, amendé et approuvé. Le groupe argumente alors et décide si ce document est transmis ou non à la direction de l'établissement pénitentiaire. L'évaluation peut ensuite faire l'objet d'une discussion avec la direction de la prison. On se retrouve dans un cas concret où la démarche est presque plus importante que le contenu du document.

Vu les nombreux paramètres en action, pourra-t-on jamais quantifier le résultat de ce travail? D'autant que le facteur temps peut aussi jouer, de même qu'un acquis utilisé en milieu carcéral ne le sera plus forcément à l'extérieur et vice-versa. A ce propos, il est important de mentionner l'importance que nous constatons dans notre quotidien d'atteindre une continuité dans le travail effectué pendant l'incarcération entre les services actifs et ce qui pourra se mettre en place à la sortie de prison pour la personne libérée.

J'aime l'image que je donne aux participants d'une cabane à outils au fond du jardin : pour certains, les outils seront utilisés quotidiennement et entretenus, pour d'autres, certains outils rouilleront alors que d'autres rempliront leur office et enfin, il se peut que la cabane reste fermée pour une frange de la population concernée bien que je suis persuadée que le seul fait d'avoir pris connaissance que ces outils existent et sont à leur disposition puisse déjà être utile à ces mêmes personnes.

Extrait d'une communication dans le cadre de l'atelier "Empowerment: développement des ressources personnelles des détenus", dans le cadre du Colloque "A la recherche du Sens" qui s'est tenu à Huy, le 29 novembre.

Catherine Vaisière
Responsable de projet.

vendredi 22 avril 2011

L'indispensable coordination des actions en prison

L’organisation de l’offre d’aide et de services aux personnes incarcérées a souffert, dans notre pays, des réformes successives de l’Etat. Depuis plus de dix ans, le secteur déplore les conséquences néfastes de l' éclatement entre les compétences relatives à la gestion de la détention d'une part et celles relatives aux diverses matières qui peuvent être regroupées sous le vocable général d’aide psychosociale et d’éducation[1] en prison, (enseignement, formation, culture, sport, développement personnel, etc.).

Cet état de choses se répercute non seulement sur le plan institutionnel, dans la difficulté de construire une politique cohérente impliquant les différents niveaux de pouvoir mais, également, sur la qualité et la quantité des prestations qui peuvent être offertes sur le terrain.

Dans ce contexte, l’élaboration d’un plan de détention orienté vers l’insertion ou la mise en place d’un parcours d’insertion, s’amorçant dès que possible durant la détention, sont rendues particulièrement difficiles.

De l’avis de beaucoup, l’entrée en vigueur, progressive, de la loi fédérale de principe relative au statut externe du détenu et à l’administration pénitentiaire du 12 janvier 2005 a entraîné un appel pour une harmonisation et une intensification de l’offre de services et de formations couvrant l’ensemble des compétences communautaires et régionales, au bénéfice des personnes incarcérées. Rapidement, il est apparu qu’une telle évolution supposait la mise en place d’une concertation interdépartementale et qu’elle impliquait un dialogue avec le monde associatif, dialogue rendu plus difficile par la grande dispersion des acteurs sociaux intervenant, à titre principal ou plus ponctuellement, dans ce secteur.

Depuis quelques années, des efforts ont été accomplis pour mettre en place une politique cohérente des communautés et régions dans les prisons, amorcer les concertations nécessaires à son élaboration et associer, si possible durablement, les diverses associations concernées à cette dynamique.

Nous rendons compte des ces efforts dans un article paru dans la revue L’observatoire ([2])

Plusieurs initiatives intervenues récemment laissent espérer que la mobilisation des cinq dernières années ne soit pas vaine.

Nous pouvons citer la récente adaptation du Décret relatif à l’aide sociale aux détenus, confiant aux SASD, la mission supplémentaire d’assurer la coordination des offres de services et d’activités menées dans l’établissement qu’ils couvrent (article 3,§1, 10°).

De son côté, le processus politique a abouti à la signature d’un accord de coopération visant à assurer la coordination des politiques menées par la Communauté française, la Région wallonne et la Cocof.[3] Le texte détermine la composition et les missions de la conférence interministérielle qui, depuis 2010, assume cette mission. Le comité de pilotage permanent, chargé d’alimenter ses travaux, a produit ses premières conclusions en décembre dernier. Outre les représentants des quinze ministres et des administrations concernées, il accueille des représentants du secteur associatif. Sont également invités, à titre d’observateurs, des représentants du SPF Justice, du ministre de la Justice et de la Régie des Bâtiments.

Placés sous la présidence d’un fonctionnaire attaché au Service de l’Aide aux Détenus, différents groupes de travail thématiques ont alimenté, durant les derniers mois l’examen de cinq thèmes jugés prioritaires. Sans surprise, la coordination est au nombre de ceux-ci.

Du côté des SASD, la mission de coordination (locale) des actions d’éducation permanente, de formation et autres activités culturelles reste embryonnaire et sous financée, bien que le principe en soit affirmé dans la note communautaire reprenant les propositions relatives à un projet d’accord de coopération à établir avec le Fédéral. Quelques expériences pilotes révèlent la richesse potentielle de dispositifs visant à renforcer l’articulation entre les actions en milieu carcéral et le parcours d’insertion post-pénitentiaire : mentionnons le programme TIRCIS Tremplin pour l’insertion, lancé dans trois prisons, avec l’appui du Fonds Social Européen et le projet API mis en place dans la région namuroise.

Les prochains mois pourraient s'avérer décisifs avec la perspective d'un nouvel arrêté précisant la portée et renforçant le financement de la nouvelle mission de coordination confiée à nos services.

[1] Ce terme doit être entendu dans l’acception large de la Recommandation R(89) 12 du Conseil de l’Europe.
[2] De la nécessaire coordination des interventions en milieu carcéral, L’observatoire, n°66, pp. 48 à 51
[3] Accord de coopération du 23-01-2009, visant la coordination des politiques d’intervention en lien avec le milieu carcéral M.B. 25-08-2009.